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Téléphone au volant : comment contester un PV au vol

Publié le 20 mai 2026Cabinet d'Études StopAmende
Téléphone au volant : comment contester un PV au vol

L'essor de la verbalisation sans interception : un défi pour les droits de la défense

À l'ère de la numérisation des procédures de contrôle routier, la verbalisation « au vol » – ou à la volée – est devenue une pratique courante pour les forces de l'ordre. Cette méthode consiste à relever l'infraction et l'immatriculation d'un véhicule sans procéder à l'interception de ce dernier, ni à l'identification immédiate de son conducteur. Parmi les infractions les plus fréquemment relevées selon ce procédé figure l'usage du téléphone tenu en main, réprimé par l'article R. 412-6-1 du Code de la route.

Pour le titulaire du certificat d'immatriculation qui reçoit l'avis de contravention à son domicile, la surprise est souvent doublée d'un sentiment d'injustice. L'infraction entraîne en effet une amende forfaitaire de 135 euros et, surtout, un retrait de 3 points sur le permis de conduire. Pourtant, le droit routier français recèle une faille juridique majeure, fondée sur des principes constitutionnels et textuels stricts, permettant de contester efficacement ces procès-verbaux afin de sauvegarder l'intégralité de ses points de permis.

Le cadre légal de l'infraction d'usage du téléphone tenu en main

L'article R. 412-6-1 du Code de la route dispose expressément :

« L'usage d'un téléphone tenu en main par le conducteur d'un véhicule en circulation est interdit. Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions du présent article est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la quatrième classe. Cette contravention donne lieu de plein droit à la réduction de trois points du permis de conduire. »

Pour que l'infraction soit valablement constituée sur le plan pénal, deux éléments matériels doivent être cumulativement réunis par l'agent verbalisateur : le téléphone doit être tenu en main, et le véhicule doit être en circulation. Toutefois, lorsque l'agent constate cette situation à distance, sans arrêter le véhicule, il est dans l'impossibilité matérielle d'identifier formellement l'identité physique de la personne qui tient le volant.

La distinction cardinale entre responsabilité pénale et redevabilité pécuniaire

Le fondement de la défense repose sur une distinction essentielle du droit pénal général, consacrée par l'article 121-1 du Code pénal :

« Nul n'est responsable pénalement que de son propre fait. »

Ce principe de personnalité des peines implique que, pour être condamné pénalement et subir un retrait de points, vous devez être l'auteur matériel de l'infraction. Or, en matière d'infractions routières constatées sans interception, le législateur a instauré un régime dérogatoire de responsabilité financière, codifié à l'article L. 121-3 du Code de la route.

Cet article prévoit que le titulaire du certificat d'immatriculation est pécuniairement redevable de l'amende encourue pour certaines infractions, sauf s'il établit l'existence d'un vol, d'un événement de force majeure, ou s'il fournit des renseignements permettant d'identifier le véritable conducteur. L'infraction d'usage du téléphone tenu en main a été ajoutée à la liste des infractions visées par ce texte.

C'est ici que réside la faille juridique : l'article L. 121-3 n'instaure qu'une redevabilité pécuniaire (payer l'amende) et exclut expressément toute responsabilité pénale (le retrait de points). Si l'identité du conducteur au moment des faits reste indéterminée, le propriétaire du véhicule peut être condamné à payer l'amende, mais il ne peut en aucun cas se voir retirer ses points.

Règle d'or de l'avocat : Ne payez jamais l'amende forfaitaire si vous envisagez de contester. Le paiement de l'amende vaut reconnaissance de l'infraction au sens de l'article 223-1 du Code de la route. Il entraîne automatiquement la perte des 3 points et rend toute contestation ultérieure irrecevable.

La force probante du procès-verbal face à l'article 537 du Code de procédure pénale

Pour faire échec aux poursuites pénales, il convient d'analyser la valeur probante du procès-verbal dressé par l'agent verbalisateur. L'article 537 du Code de procédure pénale dispose que les procès-verbaux font foi jusqu'à preuve contraire écrite ou par témoin. Cependant, cette force probante ne s'applique qu'aux faits constatés par l'agent, et non aux déductions ou présomptions de culpabilité.

Si le procès-verbal mentionne que l'infraction a été commise par le conducteur du véhicule immatriculé XX-XXX-XX, mais n'apporte aucune précision sur les caractéristiques physiques du conducteur permettant de l'identifier formellement (sexe, âge approximatif, couleur des cheveux), l'identité de l'auteur de l'infraction demeure incertaine. En tant que titulaire de la carte grise, vous n'êtes présumé être le conducteur que de manière purement spéculative. Dès lors que vous contestez avoir été au volant au moment de l'infraction, le doute doit profiter au prévenu.

La stratégie de contestation pas à pas

Pour mettre en œuvre cette stratégie avec succès, vous devez respecter scrupuleusement les étapes de la procédure pénale de contestation.

Étape 1 : Formuler la contestation dans le délai légal

Vous disposez d'un délai de 45 jours à compter de la date d'envoi de l'avis de contravention pour formuler votre contestation. Cette démarche s'effectue soit par voie postale en recommandé avec accusé de réception adressé à l'Officier du Ministère Public (OMP), soit de manière dématérialisée sur le site de l'ANTAI.

Étape 2 : Le choix du motif de contestation

Sur le formulaire de contestation, vous devez sélectionner le cas n°3 : « Vous contestez la réalité de l'infraction ou vous n'avez pas d'informations sur l'auteur de l'infraction ». Il est impératif de ne pas dénoncer un autre conducteur. La loi française n'impose nullement aux particuliers de dénoncer leurs proches ou des tiers, conformément au droit de ne pas s'auto-incriminer.

Étape 3 : La rédaction des arguments juridiques

Vous devez joindre une lettre d'argumentation juridique particulièrement rigoureuse. Il convient d'y exposer que vous étiez dans l'impossibilité de conduire le véhicule ce jour-là (si vous disposez d'un alibi solide, tel qu'un justificatif de présence au travail, un billet de train ou une attestation d'un tiers). Si vous ne disposez d'aucun justificatif, vous devez simplement faire valoir que le procès-verbal ne permet pas d'identifier le conducteur, que vous contestez l'avoir été, et invoquer le bénéfice de l'article L. 121-3 du Code de la route pour solliciter l'exonération de votre responsabilité pénale.

Le passage devant le Tribunal de Police : l'issue de la procédure

À la suite de votre contestation, l'Officier du Ministère Public a deux options : classer sans suite la contravention (décision rare mais possible en présence d'alibis irréfutables), ou vous citer à comparaître devant le Tribunal de Police.

Devant le juge, la défense s'articule de la manière suivante :

  • Sur le plan pénal : Vous soutenez que le ministère public n'apporte pas la preuve que vous étiez le conducteur. En l'absence d'identification physique par l'agent ou sur photographie, le juge prononcera votre relaxe pénale. Aucun point ne pourra vous être retiré.
  • Sur le plan civil/pécuniaire : En application de l'article L. 121-3 du Code de la route, le juge pourra vous déclarer pécuniairement redevable de l'amende. Le montant de cette amende civile est fixé souverainement par le juge (généralement supérieur au montant de l'amende forfaitaire initiale, majoré des frais de procédure de 31 euros). C'est le prix légal de la préservation de vos 3 points de permis.

Le cas spécifique des véhicules de société

Il convient de distinguer la situation des particuliers de celle des dirigeants d'entreprises. Depuis l'entrée en vigueur de l'article L. 121-6 du Code de la route, le représentant légal d'une personne morale a l'obligation légale de désigner le conducteur sous peine de se voir infliger une amende forfaitaire spécifique pour non-désignation (pouvant atteindre 675 euros pour la société). Les professionnels doivent donc redoubler de vigilance et analyser l'opportunité d'une telle contestation au regard des coûts financiers pour l'entreprise.

Questions fréquentes (FAQ) sur la contestation du téléphone au volant

Suis-je légalement obligé de dénoncer le conducteur de mon véhicule ?

Non. Pour les véhicules immatriculés au nom d'une personne physique (particulier), il n'existe aucune obligation de dénonciation ou de désignation d'un tiers. Vous pouvez parfaitement déclarer que vous ignoriez qui conduisait votre véhicule ou refuser de le désigner, sans que cela constitue une infraction.

Vais-je conserver mes points à coup sûr avec cette procédure ?

Oui, dès lors que l'agent verbalisateur ne vous a pas intercepté et qu'aucune preuve formelle (comme une photographie nette de votre visage) ne permet de vous identifier au volant. La relaxe pénale prononcée par le Tribunal de Police fait obstacle à tout retrait de points par le ministère de l'Intérieur.

Quel est le coût financier d'une telle contestation devant le Tribunal de Police ?

Bien que vous sauviez vos points, le tribunal peut vous condamner au paiement d'une amende civile au titre de votre responsabilité de propriétaire (article L. 121-3 du Code de la route). Cette amende se situe généralement entre 150 et 300 euros, auxquels s'ajoutent les frais fixes de procédure de 31 euros. Il s'agit d'un arbitrage coût-bénéfice entre la valeur de vos points de permis et le montant financier de l'amende.