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Nouveau délit de grand excès de vitesse : comment se défendre

Publié le 20 mai 2026Cabinet d'Études StopAmende
Nouveau délit de grand excès de vitesse : comment se défendre

Le séisme législatif du grand excès de vitesse : un nouveau paradigme pénal

L'arsenal répressif en matière de sécurité routière en France a connu une transformation historique avec l'entrée en vigueur de la réforme législative érigeant le premier excès de vitesse égal ou supérieur à 50 km/h en un délit pénal autonome. Auparavant, un tel dépassement de la vitesse maximale autorisée, commis pour la première fois, constituait une contravention de la cinquième classe. La récidive, quant à elle, basculait seule dans la catégorie des délits conformément à l'ancien article L. 413-1 du Code de la route.

Désormais, l'infraction est immédiatement qualifiée de délit dès sa première commission. Cette sévérité accrue modifie en profondeur la nature de la procédure : le conducteur poursuivi ne fait plus face à une simple amende forfaitaire devant le Tribunal de police, mais est exposé à une comparution devant le Tribunal correctionnel, à l'inscription d'une mention sur son casier judiciaire (bulletin n° 2) et à des peines d'une gravité inédite, y compris des peines privatives de liberté. Face à cette judiciarisation systématique, l'assistance d'un avocat expert en droit routier devient une nécessité absolue pour identifier les failles procédurales et sauvegarder le permis de conduire.

La matérialité de l'infraction et l'arsenal des peines encourues

Le nouveau délit correctionnel de grand excès de vitesse expose le contrevenant à des sanctions particulièrement lourdes, qui traduisent la volonté du législateur de criminaliser les comportements jugés accidentogènes. En vertu des dispositions répressives applicables, l'auteur de l'infraction encourt :

  • Une peine d'amende pouvant atteindre 3 750 euros.
  • Une peine d'emprisonnement délictuelle.
  • La suspension de plein droit du permis de conduire pour une durée maximale de trois ans, sans possibilité d'aménagement pour des motifs professionnels (pas de "permis blanc").
  • La confiscation obligatoire du véhicule ayant servi à commettre l'infraction, si le prévenu en est le propriétaire (sauf décision spécialement motivée de la juridiction pénale).
  • Le retrait de plein droit de 6 points sur le permis de conduire.

Outre ces peines principales, le conducteur s'expose à des mesures administratives immédiates dès la constatation de l'infraction, notamment la rétention conservatoire du permis de conduire par les forces de l'ordre pour une durée maximale de 120 heures, suivie d'un arrêté préfectoral de suspension temporaire (souvent de 4 à 6 mois) pris sur le fondement de l'article L. 224-2 du Code de la route, ainsi que la mise en fourrière immédiate du véhicule à titre conservatoire.

Le principe constitutionnel de la personnalité des peines et l'identification du conducteur

L'un des moyens de défense les plus puissants en matière pénal routière repose sur le principe de la personnalité des peines, découlant de l'article 121-1 du Code pénal, selon lequel nul n'est responsable pénalement que de son propre fait. En matière de constatation automatisée (radars fixes, radars autonomes, radars de chantier), l'appareil de mesure se borne à photographier la plaque d'immatriculation du véhicule, le plus souvent par l'arrière.

En pareille hypothèse, le titulaire du certificat d'immatriculation reçoit l'avis d'infraction à son domicile. Or, la jurisprudence de la Chambre criminelle de la Cour de cassation rappelle constamment que la responsabilité pénale suppose la preuve certaine de l'identité du conducteur au moment des faits. En l'absence d'interpellation sur-le-champ, le titulaire de la carte grise ne peut être déclaré pénalement coupable du délit s'il conteste formellement avoir été au volant et si les clichés photographiques ne permettent pas de l'identifier formellement.

"La responsabilité pénale ne peut être engagée par une simple présomption de conduite fondée sur la seule qualité de propriétaire du véhicule verbalisé."

Il convient d'être vigilant : si l'article L. 121-3 du Code de la route instaure une responsabilité financière du redevable pécuniaire pour certaines contraventions, ce mécanisme de substitution financière ne s'applique pas aux infractions de nature délictuelle. Si l'identité du conducteur ne peut être établie par le ministère public, la poursuite délictuelle pour grand excès de vitesse doit impérativement se solder par une relaxe pure et simple du prévenu, sans aucune perte de points ni amende pénale.

L'examen technique de la métrologie : la faille des cinémomètres

Pour qu'un excès de vitesse soit légalement caractérisé, l'appareil de mesure (le cinémomètre) doit avoir fonctionné de manière régulière et conforme aux prescriptions réglementaires. Les modalités de contrôle de ces appareils sont régies par l'arrêté interministériel du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier. Tout manquement à ces règles de métrologie légale entraine la nullité de la mesure de vitesse et, par voie de conséquence, l'annulation de la procédure pénale.

Le conseil de l'expert : L'avocat doit systématiquement solliciter la copie complète du dossier de procédure, et notamment le procès-verbal de constatation, afin de vérifier les mentions relatives à l'appareil de mesure. Deux points majeurs doivent être inspectés : la date de la dernière vérification périodique annuelle et l'identité de l'organisme agréé ayant procédé à ce contrôle.

Les éléments suivants doivent faire l'objet d'une analyse scrupuleuse :

  • La validité de la vérification périodique : Le cinémomètre doit avoir fait l'objet d'un contrôle de conformité annuel par un laboratoire agréé (comme le LNE ou SGS). Si la date de la dernière vérification mentionnée sur le procès-verbal est supérieure à un an (à un jour près) par rapport à la date de l'infraction, la mesure de vitesse est réputée non fiable et non avenue.
  • La marge d'erreur réglementaire : La vitesse retenue doit être calculée en appliquant la marge d'erreur légale à la vitesse mesurée. Pour les appareils fixes, cette marge est de 5 km/h (en deçà de 100 km/h) ou de 5 % de la vitesse (au-delà de 100 km/h). Pour les cinémomètres mobiles (embarqués dans des véhicules en mouvement), la marge est de 10 km/h ou 10 %. Un calcul erroné de l'administration peut faire basculer l'infraction d'un délit à une simple contravention de 4ème classe.
  • L'emplacement et l'angle de prise de vue : Les radars de chantier ou mobiles doivent être installés selon un angle précis (généralement 25 degrés par rapport à l'axe de la voie). Un mauvais positionnement de l'appareil induit une distorsion physique de la mesure de vitesse. L'absence de mention de l'homologation de l'emplacement sur le PV est un motif sérieux de contestation.

La stratégie procédurale : consigner sans perdre ses droits

Lorsqu'un justiciable choisit de contester l'infraction par la voie administrative auprès de l'Officier du Ministère Public (OMP), le système de traitement de l'ANTAI impose fréquemment le paiement d'une consignation préalable. Cette somme, d'un montant égal à l'amende forfaitaire, est une condition de recevabilité de la contestation, conformément aux dispositions de l'article 529-10 du Code de procédure pénale.

Il est impératif de comprendre que le paiement de la consignation ne constitue en aucun cas un aveu de culpabilité ni un paiement de l'amende. Le versement de cette somme consigne la contestation en attente d'une décision judiciaire. L'avocat veillera à formaliser la requête en exonération par voie dématérialisée ou par lettre recommandée avec accusé de réception, en y joignant les justificatifs requis (formulaire de requête en exonération, reçu de consignation, arguments juridiques détaillés). En cas de décision de classement sans suite par l'OMP ou en cas de relaxe prononcée par le Tribunal, le remboursement de l'intégralité de la somme consignée doit être ordonné par la juridiction.

FAQ : Réponses aux questions cruciales sur le délit de vitesse

Puis-je être condamné au délit si la photo du radar montre mon véhicule mais pas mon visage ?

Non. Si vous contestez être l'auteur de l'infraction et que les clichés photographiques ne permettent pas de vous identifier formellement (prise de vue par l'arrière, passager masqué, mauvaise résolution), le Tribunal correctionnel ne pourra pas vous condamner pénalement pour le délit, en raison du principe de la personnalité des peines issu de l'article 121-1 du Code pénal. Vous serez relaxé des poursuites délictuelles.

Qu'est-ce que le carnet de métrologie du radar et comment l'obtenir ?

Le carnet de métrologie est l'historique technique du cinémomètre. Il recense toutes les opérations d'entretien, de réparation et d'étalonnage subies par l'appareil. Votre avocat peut en demander la communication officielle auprès du Procureur de la République ou du Tribunal afin de vérifier qu'aucune anomalie technique ou qu'aucune réparation non homologuée n'a altéré la précision de l'appareil avant la constatation des faits.

Quelle est la différence entre la rétention administrative du permis et la suspension judiciaire ?

La rétention est une mesure d'urgence prise sur place par les forces de l'ordre, privant le conducteur de son droit de conduire pendant 120 heures au maximum. Elle est suivie d'une suspension administrative décidée par le Préfet (jusqu'à 6 mois). La suspension judiciaire, quant à elle, est prononcée par le juge pénal lors de l'audience de jugement. Les mois de suspension administrative déjà purgés viennent s'imputer sur la durée de la suspension judiciaire finale ordonnée par le Tribunal.